6 min · mis a jour le 3 août 2026
Rémunération CGP : honoraires, rétrocommissions et conflits d'intérêts
La **rémunération CGP** reste l'un des points les plus opaques de la relation entre un épargnant et son conseiller en gestion de patrimoine. Vous payez, presque toujours, mais pas toujours de façon visible. Comprendre les trois grands modèles de rémunération, ce que la réglementation impose et ce qu'elle laisse dans l'ombre vous aide à repérer d'éventuels conflits d'intérêts et à poser les bonnes questions.
Par Claire Aubry · Mis à jour en août 2026
Rémunération CGP : les trois façons dont un conseiller gagne sa vie
Un conseiller en gestion de patrimoine peut être rémunéré de trois manières, souvent combinées.
1. Les honoraires de conseil. Vous payez directement le professionnel pour son travail d'analyse et de recommandation, sous forme d'un forfait ou d'un taux horaire. Les tarifs sont libres et non normés. À titre indicatif, un audit ou bilan patrimonial complet est parfois facturé de l'ordre de 1 000 à 1 500 € TTC, soit environ 1 200 € TTC dans les exemples couramment cités (source : Profitys, e-investing, 2026). Ici, qui paie est clair : c'est vous, et le montant apparaît sur une facture.
2. Les commissions et rétrocessions sur les produits placés. Quand le conseiller vous oriente vers une assurance-vie, une SCPI ou un fonds, le producteur du produit lui reverse une partie des frais que vous supportez. Ce sont les rétrocommissions (ou rétrocessions). Vous ne recevez pas de facture : la rémunération est prélevée à l'intérieur des frais du produit.
3. Le modèle mixte, de loin le plus répandu : une partie honoraires, une partie commissions. Selon une estimation de marché, à présenter comme un ordre de grandeur et non une statistique officielle, environ 95 % des conseillers reposeraient au moins en partie sur les rétrocommissions, contre à peu près 5 % en modèle 100 % honoraires (source : Scala Patrimoine, 2025).
Indépendant ou non indépendant : ce que MIF 2 change vraiment
Le mot « indépendant » a un sens juridique précis, différent du langage courant. La directive européenne MIF 2 (article 24), applicable en France depuis le 3 janvier 2018, distingue deux régimes.
Le conseil indépendant interdit de conserver les rétrocessions perçues sur les instruments financiers. Un CGP réellement indépendant (parfois appelé CGPI) se rémunère alors uniquement via des honoraires facturés au client et reverse toute rétrocession éventuelle. Le conseil non indépendant, lui, peut conserver les commissions, à deux conditions : les divulguer et démontrer qu'elles améliorent la qualité du service.
En pratique, le conseil purement indépendant reste minoritaire. Selon l'AMF (données 2022, publiées en décembre 2023), seule une petite minorité de conseillers en investissements financiers déclare fournir un conseil sur une base indépendante, de l'ordre de 6 à 8 % de la profession selon les sources.
Côté statuts, la plupart des CGP cumulent au moins le statut CIF (supervisé par l'AMF) et le statut IAS de courtier en assurance catégorie I (supervisé par l'ACPR), parfois IOBSP pour le crédit. Tous s'inscrivent à l'ORIAS. Le coût réglementaire d'installation est d'ailleurs modeste : l'inscription à l'ORIAS coûte 25 € par catégorie, soit environ 50 €/an pour un CGP cumulant CIF et IAS, 75 €/an en ajoutant l'IOBSP (source : ORIAS, guide Prestimonia 2026). Ce n'est donc pas là que se joue sa rémunération.
Où se cachent les rétrocommissions et combien elles pèsent
Les rétrocommissions sont invisibles sur votre relevé parce qu'elles sont prélevées à l'intérieur des frais du produit, avant même le calcul de votre performance.
L'exemple le plus parlant est l'assurance-vie, régie par la directive DDA. Le distributeur perçoit généralement une rétrocession correspondant à environ 30 % à 60 % des frais de gestion affichés, soit un ordre de grandeur de 0,5 % à 0,8 % par an de l'encours selon les contrats. Sur des unités de compte actions, une estimation citée (Good Value for Money) évoque environ 0,84 % rétrocédés sur environ 2,01 % de frais totaux.
Un exemple explicitement hypothétique éclaire l'effet cumulé. Supposons un contrat de 50 000 € investi en unités de compte, avec 0,8 % de rétrocession annuelle sur l'encours.
| Élément | Montant annuel indicatif |
|---|---|
| Encours | 50 000 € |
| Rétrocession versée au distributeur (0,8 %) | 400 € |
| Sur 5 ans (hors variation de l'encours) | environ 2 000 € |
Ces 400 € par an ne vous sont pas facturés séparément : ils sont inclus dans les frais de gestion des unités de compte. Les SCPI et certains fonds fonctionnent selon une logique proche. Rappelons que les unités de compte comportent un risque de perte en capital : leur valeur fluctue et n'est pas garantie.
Le conflit d'intérêts en clair, et ce que la loi vous garantit
Le conflit d'intérêts naît d'un décalage simple : le produit qui rémunère le mieux le conseiller n'est pas nécessairement celui qui vous convient le mieux. Un contrat plus chargé en frais peut rapporter davantage de rétrocessions, sans être supérieur pour votre situation.
La réglementation n'interdit pas ce modèle, elle l'encadre par la transparence et le devoir de conseil. La directive DDA impose au distributeur d'assurance-vie de communiquer la nature de sa rémunération et l'existence de tout conflit d'intérêts. En pratique, cette information prend souvent la forme de mentions standardisées, du type le distributeur « est susceptible de percevoir une rémunération sous forme de commissions et rétrocessions », sans chiffrage détaillé (source : Me Valentin Simonnet). Vous pouvez toutefois demander par écrit le détail des rétrocessions perçues sur votre contrat.
Autrement dit, la loi vous garantit un droit à l'information et une recommandation adaptée à votre profil, pas l'absence de tout intérêt financier du conseiller. C'est à vous d'activer ce droit en posant des questions précises. Un bilan patrimonial, mené par un professionnel dont vous avez clarifié le mode de rémunération, peut aider à comparer plusieurs options avant d'arbitrer.
Votre grille de questions à poser avant de signer
Quelques questions directes suffisent souvent à lever l'ambiguïté. Notez les réponses, idéalement par écrit.
- « Êtes-vous indépendant au sens de MIF 2 ? » Une réponse claire, oui ou non, vous dit d'emblée si le conseiller conserve ou reverse les rétrocessions.
- « Comment êtes-vous payé sur CE produit précis ? » Honoraires, commission d'entrée, rétrocession annuelle : demandez la ventilation, produit par produit.
- « Quel montant de rétrocession percevez-vous ? » Vous pouvez exiger un chiffrage, en pourcentage de l'encours et en euros, y compris après la signature.
- « Puis-je avoir un conseil en honoraires seuls ? » Certains professionnels acceptent une mission facturée sans placement de produit, ce qui neutralise le conflit d'intérêts sur la recommandation.
- « Pouvez-vous me remettre le document d'information sur les frais et vos conflits d'intérêts ? » C'est un droit prévu par la réglementation.
Deux rappels de méthode. Aucun modèle de rémunération n'est bon ou mauvais en soi : un modèle à honoraires n'est pas gratuit, un modèle à commissions n'est pas forcément défavorable. Et gardez en tête que tout placement comporte un risque de perte en capital et que la fiscalité dépend de votre situation personnelle et peut évoluer. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
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Questions fréquentes
Un CGP indépendant est-il forcément plus cher qu'un CGP à commissions ?+
Pas nécessairement. Le CGP indépendant au sens de MIF 2 facture des honoraires visibles et reverse les rétrocessions, tandis que le CGP non indépendant est rémunéré par des commissions incluses dans les frais du produit, donc invisibles sur votre relevé. Vous payez dans les deux cas. À titre indicatif, un bilan patrimonial en honoraires est parfois facturé de l'ordre de 1 000 à 1 500 € TTC (source : Profitys, 2026), tandis que les rétrocessions en assurance-vie représentent souvent un ordre de grandeur de 0,5 % à 0,8 % par an de l'encours. Le coût total dépend de votre montant investi et de la durée.
Comment connaître le montant exact des rétrocommissions sur mon contrat ?+
La directive DDA impose au distributeur d'assurance-vie de communiquer la nature de sa rémunération et l'existence de conflits d'intérêts, mais souvent sous forme de mentions standardisées sans chiffrage. Vous pouvez demander par écrit le détail des rétrocessions perçues sur votre contrat. En pratique, le distributeur perçoit généralement, comme ordre de grandeur, 30 % à 60 % des frais de gestion affichés des unités de compte, ce qui vous donne déjà une estimation à partir des frais indiqués sur vos documents contractuels.
La plupart des conseillers en gestion de patrimoine sont-ils indépendants ?+
Non, au sens juridique de MIF 2. Selon l'AMF (données 2022, publiées en décembre 2023), seule une petite minorité de conseillers en investissements financiers déclare fournir un conseil sur une base indépendante, de l'ordre de 6 à 8 % de la profession. Une estimation de marché évoque environ 95 % de conseillers reposant au moins en partie sur des rétrocommissions (Scala Patrimoine, 2025). La grande majorité relève donc du conseil non indépendant, autorisé à conserver des commissions à condition de les divulguer.